
NEW & ABSTRACT
GROUP SHOW #18
BERLIN, 2026
Entretien réalisé par New & Abstract à l'occasion de Group Show #18, Berlin, 2026.
1. Vous décrivez votre peinture comme un « champ de décisions », où chaque intervention transforme toute l’image. En pratique, comment gérez-vous cette ouverture constante et cette imprévisibilité ?
Quand je commence une peinture, rien n’est défini à l’avance. Je n’ai aucune image ni aucune forme prédéterminée à l’esprit. Ce qui pourrait paraître comme un inconfort est en réalité une liberté qui permet de ne jamais s’enfermer dans une intention préalable. J’avance à travers une succession de décisions où chaque intervention modifie l’ensemble. Chaque décision engage la suivante jusqu’à faire tenir la peinture.
2. Vous insistez sur le fait que l’intensité ne vient pas de la quantité mais de la nécessité. Comment reconnaître-t-on, dans votre processus de travail, si un élément est réellement nécessaire ?
La nécessité d’un élément n’est jamais définie à l’avance. Elle se révèle progressivement au cours du travail, à travers les relations qui s’établissent entre les différents éléments de la peinture. Je me méfie autant de l’accumulation que du retrait. Trop d’interventions peuvent faire perdre en justesse ; trop peu affaiblissent la peinture. Je me dis souvent : « Si j’enlève cet élément, plus rien ne tient ; si j’en ajoute un autre, tout bascule. » C’est souvent à cet endroit que la nécessité commence à apparaître. Je ne dispose pas d’une règle préalable pour en juger. Chaque peinture construit ses propres conditions et c’est à travers les conséquences de chaque décision que certains éléments finissent par s’imposer comme nécessaires.
3. Dans votre pratique actuelle, vous décrivez un passage de la densité gestuelle vers des interventions plus réduites et fragiles. Qu’est-ce qui a déclenché ce développement, et comment cela a-t-il changé votre relation à la peinture ?
Ce développement est né d’un constat assez simple. En expérimentant différentes approches expressionnistes, je me suis rendu compte qu’une peinture dense et très incarnée, fondée sur une certaine virtuosité du geste, ne produisait plus l’intensité que je recherchais. Comme auparavant avec la figuration, je me suis retrouvé face à une forme d’impasse. C’est paradoxalement la recherche d’une intensité toujours plus prégnante qui m’a conduit à réduire progressivement les moyens employés. J’ai commencé à comprendre, comme en poésie ou dans le jazz chez Miles Davis, que l’intensité n’était pas une question de quantité mais de nécessité. Quelques mots bien choisis ont souvent plus de force qu’un long discours, tout comme quelques notes peuvent avoir plus d’intensité qu’une multitude d’autres. Cela a profondément modifié ma relation à la peinture. Mon attention s’est déplacée de l’affirmation du geste vers les conditions qui permettent à une peinture de gagner en intensité. J’ai accordé une attention croissante au fond, aux intervalles, aux silences. Ils ont progressivement cessé d’être des espaces passifs pour devenir des éléments actifs de la composition.
4. Votre participation à l’Exposition Anniversaire en tant que gagnant de l’appel ouvert de New & Abstract place votre travail dans un contexte soigneusement choisi. Que signifie cette présentation pour vous, et comment voyez-vous votre pratique en dialogue avec les autres positions de l’exposition ?
Je suis d’autant plus ravi de participer à cette exposition qu’elle accompagne un moment important dans l’histoire de la galerie. C’est toujours un plaisir pour moi de participer à des expositions collectives et de confronter mon travail à la scène internationale. J’apprécie particulièrement ces contextes qui permettent de faire dialoguer les œuvres entre elles. Je suis toujours curieux de découvrir les rapprochements, les écarts ou les préoccupations communes qui peuvent apparaître entre des démarches parfois très différentes. Je connais déjà le travail de Larissa Eremeeva et de Julia Rehme, dont j’apprécie les recherches, et je suis très heureux de pouvoir découvrir concrètement l’ensemble des œuvres sélectionnées lors de l’exposition.
5. Sur quoi travaillez-vous actuellement, et quelles sont vos prochaines étapes ou développements dans votre pratique de la peinture ?
Je travaille actuellement sur plusieurs séries de toiles de format moyen ainsi que sur des petits formats. Je ne cherche jamais à changer radicalement de direction. Depuis le début, les intentions et les questionnements qui traversent mon travail sont restés sensiblement les mêmes. Si ma peinture évolue au fil du temps, c’est davantage une conséquence de ces réflexions qu’une volonté délibérée de changer pour changer. Son évolution relève ainsi davantage d’une succession de déplacements que de changements de direction. Ces déplacements découlent naturellement des questions qui continuent de me préoccuper, notamment autour de l’intensité, de la décision et de la peinture elle-même. Cette phase me semble encore très ouverte. J’ai le sentiment d’avoir identifié un territoire de travail que je n’ai pas encore épuisé et dont je continue à explorer les possibilités à travers chaque nouvelle peinture.